«Ascensions» l'élévation musicale et personnelle de Shaun Ferguson

Article publié dans l'Étoile le jeudi 15 décembre 2011
http://etoilepa.jminforme.ca/culture/article/1463433
Auteur : Réal Fradette
 
Shaun Ferguson joue comme il respire. Pendant que les doigts de sa main droite pincent les cordes, ceux de sa main gauche glissent adroitement sur le manche de son instrument. Chaque mouvement est pensé, chaque pression est dosée, chaque son qui sort de son instrument de prédilection nous rappelle qu'une guitare acoustique peut offrir à nos oreilles et à l'esprit l'une des plus belles musiques qui puisse exister.
Le premier paragraphe de la page d'accueil de son nouveau site web (www.shaunferguson.ca) décrit admirablement bien ce compositeur de 31 ans de Caraquet. C'est vrai que sa musique instrumentale est unique, moderne, libre et transcendante. C'est vrai aussi que son langage musical, une poésie riche en subtilités, est d'une intensité surprenante.
Pour cette occasion, il s'est associé à sa compagne de vie Geneviève D'Ortun aux instruments à vent, Julien Breau à la basse, Isabelle Thériault au boudhran et Pierre-Guy Blanchard aux percussions.Depuis une semaine, les amateurs peuvent apprécier son immense talent en écoutant son premier album, «Ascensions». Six pièces sorties de son imaginaire ont nécessité deux ans de travail et trois mois d'enregistrement au studio d'Éric Miller à Grande-Anse.
«Ce n'est pas quelque chose de facile à faire, avoue l'auteur devant une salle comble au Centre culturel de Caraquet, réunie pour le lancement de son disque. On commence dans le vide et ça devient petit à petit du concret. Aujourd'hui, j'ai l'impression de marcher dans un rêve. J'ai imaginé longtemps ce moment. De voir maintenant cet album dans mes mains est déstabilisant, mais ça génère un bonheur indescriptible.»
En fait, «Ascensions» est l'aboutissement de l'élévation musicale et personnelle de cet artiste qui a gratté la guitare pour la première fois à l'âge de 13 ans. Après avoir tâté pendant quelques années le «heavy metal», il s'est concentré sur l'acoustique en 2001, à la suite d'une profonde dépression qui l'a incité à retourner à l'essentiel. Il a alors appris l'importance d'écouter son coeur et il a utilisé comme moyen salvateur les effets naturels de son instrument.
Il est très heureux d'avoir pris le temps de le faire et de présenter au public un produit dont il est satisfait, lui qui avoue être plutôt difficile et très pointu.
«Ascensions est un mot qui veut dire beaucoup de choses. Il a un sens beaucoup plus large, comme cheminement, évolution, montée, élévation. Quand je joue, je ressens cette élévation et j'essaie de transmettre cette émotion aux gens», a-t-il indiqué.
Depuis quelques années, le guitariste se donne en spectacle dans plusieurs activités locales. Il s'est également fait remarquer à «Caraquet en bleu». À travers tout ça, il a composé et accumulé du matériel en quantité suffisante pour le graver sur un disque.
«J'ai travaillé beaucoup sur cet album, mais cet album a également travaillé beaucoup sur moi. J'ai eu peur dans cette aventure. Peur que mon côté perfectionniste ne soit jamais entièrement satisfait. Peur de ne pas être à la hauteur. Peur de l'échec. Je n'arrête jamais de travailler sur mes compositions et c'est difficile de déterminer une finalité dans une pièce. Mais il devait y avoir une limite sinon ce serait devenu malsain. Je voulais rester vrai et fidèle à ce que je suis rendu, musicalement et personnellement. Je voulais reproduire une certaine spontanéité dans mes spectacles sur ce disque. Cet album est une photo de ma musique à un moment précis», estime Shaun.
Il espère que «Ascensions» lui ouvrira d'autres portes pour d'éventuels spectacles au Nouveau-Brunswick et peut-être même au Québec. Il prévoit d'ailleurs deux autres lancements, soit le 21 décembre au Café Aberdeen de Moncton et un autre quelque part en janvier à Montréal.
«Oui, je crois qu'il y aura d'autres albums et j'espère que celui-ci va agrandir mon réseau du Nouveau-Brunswick. Mon but était d'abord d'être content du produit et je suis complètement ouvert aux conséquences que ça pourrait avoir», affirme-t-il.
Non loin de là, Geneviève D'Ortun ne peut qu'admirer son amoureux devant la foule venue le féliciter. Celle qui a collaboré avec sa clarinette, son saxophone alto, sa flûte traversière et clarinette basse a été un témoin privilégié du développement de ce projet.
«J'adore sa musique. Avec Shaun, j'ai eu le droit de jouer de la flûte, de la clarinette, d'essayer des choses, d'improviser. Il me laissait faire tout en gardant le dernier mot, car ce sont ses compositions. Pour quelqu'un d'autodidacte comme lui, c'est incroyable de voir les accords, les enchaînements et les rythmiques. Ça sort des sentiers battus et c'est très stimulant. Chaque pièce est un voyage particulier, un scénario unique. Quand je ferme les yeux, je pars dans une autre dimension avec ses histoires et ses sensations. C'est un album qui s'écoute très bien, que ce soit pour méditer, à la maison ou dans l'auto», soutient-elle.
Même au niveau personnel, Geneviève a remarqué une transformation chez Shaun durant tout le processus de préparation de cet album.
«Au début, c'était Shaun Ferguson Orchestra. Puis le titre est devenu Shaun Ferguson. Ç'a été un point tournant pour lui, pour sa confiance. Il a alors pris vraiment en main son projet. On a appris à communiquer musicalement et à trouver des terrains communs malgré des formations différentes. Il y a eu des moments plus chargés émotivement, mais il y avait toujours ce désir de créer quelque chose d'unique et d'aller au bout de son rêve, ce désir que ça fonctionne. On a rapidement réaligné nos flûtes», dit-elle avec le sourire.

Photo : Réal Fradette, l'Étoile

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